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Sanguin, colérique, mélancolique, flegmatique : d’où vient la théorie des quatre tempéraments ?
Des quatre éléments d’Empédocle aux modèles contemporains de personnalité, l’histoire des tempéraments traverse plus de deux millénaires.

Des quatre éléments d’Empédocle aux modèles contemporains de personnalité, l’histoire des tempéraments traverse plus de deux millénaires. Elle raconte autant l’évolution de la médecine que notre manière de décrire les différences entre les individus.
Pourquoi parle-t-on encore des quatre tempéraments ?
Sanguin, colérique, mélancolique, flegmatique. Ces quatre mots circulent encore dans des livres, des tests de personnalité, des formations, des contenus de développement personnel et certains outils d’orientation.
Ils donnent l’impression d’appartenir à une psychologie ancienne mais toujours familière. Pourtant, leur histoire ne commence pas avec la psychologie moderne. À l’origine, il ne s’agissait même pas de classer les individus selon leur caractère.
Les premières idées qui conduiront aux quatre tempéraments étaient destinées à expliquer le monde naturel, le fonctionnement du corps, la santé et la maladie.
Ce n’est qu’au fil des siècles que ces conceptions ont été reliées plus directement aux dispositions émotionnelles et comportementales. La théorie médicale qui les soutenait a finalement été abandonnée, tandis que les quatre catégories ont survécu comme langage descriptif.
Comprendre cette évolution évite deux erreurs : présenter les quatre tempéraments comme une découverte récente de la psychologie ou, à l’inverse, rejeter toute la tradition parce que la théorie des humeurs n’est plus scientifique. L’ancienne explication biologique a disparu, mais les différences d’énergie, de sociabilité, de sensibilité ou de rythme de réaction restent des questions importantes en psychologie.
Avant les tempéraments, les quatre éléments

Pour remonter aux racines de cette histoire, il faut revenir au Ve siècle avant notre ère. Le philosophe grec Empédocle d’Agrigente propose alors que la diversité du monde repose sur quatre « racines » fondamentales. La tradition les identifiera à la terre, l’eau, l’air et le feu.
Aristote lui attribuera plus tard le mérite d’avoir clairement distingué ces quatre éléments. Selon la Stanford Encyclopedia of Philosophy, cette conception en quatre composantes influencera durablement la philosophie, la médecine et la cosmologie antiques.
Empédocle n’invente pas encore les tempéraments. Son apport est plutôt d’installer une manière de penser par équilibres, mélanges et proportions. Les éléments sont associés à des qualités telles que le chaud, le froid, le sec et l’humide.
Dans plusieurs traditions médicales grecques ultérieures, le corps humain est lui aussi interprété à travers des équilibres de qualités. Le passage des quatre éléments aux quatre humeurs devient ainsi intellectuellement possible.
Quand la médecine grecque imagine les quatre humeurs

La théorie canonique des quatre humeurs apparaît dans la tradition médicale dite hippocratique. Le corps est décrit à partir de quatre liquides principaux : le sang, le phlegme, la bile jaune et la bile noire.
La santé dépendrait de leur juste proportion, tandis que la maladie résulterait d’un déséquilibre. Cette conception fournit pendant des siècles une grille cohérente pour interpréter les symptômes, l’alimentation, les saisons et les différences de constitution.
• le sang ;
• le phlegme ;
• la bile jaune ;
• la bile noire.

Il faut cependant résister à une formule très répandue : « Hippocrate a inventé les quatre tempéraments ». Le Corpus hippocratique est un ensemble de traités composés par plusieurs auteurs et à différentes périodes. Le texte intitulé De la nature de l’être humain, source majeure de la théorie des quatre humeurs, est traditionnellement associé à Hippocrate, mais son attribution est plus complexe.
Hippocrate… ou plutôt Polybe ?
Aristote attribuait De la nature de l’être humain à un médecin nommé Polybe. Un article de David Leith publié en mars 2026 dans The Classical Quarterly réexamine cette tradition et soutient que Polybe est bien l’auteur du traité.
L’étude va plus loin : elle estime que la présentation tardive de Polybe comme gendre d’Hippocrate est probablement une construction biographique, et que le traité pourrait dater du milieu du Ve siècle avant notre ère. Dans cette hypothèse, la formulation canonique des quatre humeurs pourrait même précéder la période d’activité d’Hippocrate.
Pour un article historique sérieux, il est donc préférable de parler de tradition hippocratique plutôt que de faire d’Hippocrate l’inventeur incontestable des quatre humeurs. Cette précision n’enlève rien à l’importance du Corpus hippocratique. Elle montre simplement que l’histoire des idées médicales antiques est collective et que les attributions anciennes sont parfois plus difficiles à établir qu’on ne le pense.
Galien et la transformation des humeurs en tempéraments

Plusieurs siècles plus tard, Galien de Pergame joue un rôle décisif. Au IIe siècle de notre ère, ce médecin grec reprend les traditions hippocratiques et systématise les rapports entre les quatre humeurs, les qualités chaud, froid, sec et humide et les différentes constitutions humaines.
La National Library of Medicine rappelle que Galien associe le sanguin au sang et aux qualités chaud et humide, le colérique à la bile jaune et au chaud-sec, le mélancolique à la bile noire et au froid-sec, et le flegmatique au phlegme et au froid-humide.
La notion de temperamentum renvoie alors à un mélange ou une proportion de qualités. C’est cette construction qui rapproche progressivement constitution corporelle et dispositions individuelles.
Tempérament │ Humeur associée │ Qualités traditionnelles │ Élément associé.
Sanguin │ Sang │ Chaud et humide │ Air.
Colérique │ Bile jaune │ Chaud et sec │ Feu.
Mélancolique │ Bile noire │ Froid et sec │ Terre.
Flegmatique │ Phlegme │ Froid et humide │ Eau.
Le tableau ne doit pas être lu comme un résumé de la psychologie moderne. Il décrit une cosmologie médicale ancienne. À l’époque, les mêmes correspondances pouvaient être prolongées vers les saisons, certains organes, les âges de la vie ou l’alimentation. Le système paraissait cohérent parce qu’il reliait l’être humain à un ordre plus vaste de la nature.
Du corps au caractère
Le point décisif pour notre histoire est le glissement entre constitution physique et comportement. Si une personne possède un mélange particulier de qualités, on suppose progressivement que ce mélange favorise aussi certaines manières de ressentir et d’agir. Les mots sanguin, colérique, mélancolique et flegmatique finissent alors par décrire plus que des états corporels.
Le sanguin
Dans les descriptions traditionnelles, il est associé au sang et au couple chaud-humide. Les interprétations tardives insistent souvent sur la vivacité, l’aisance relationnelle et l’enthousiasme.
Le colérique
Il est associé à la bile jaune et au couple chaud-sec. Au fil du temps, on le rapproche de l’action, de l’intensité et de la tendance à réagir rapidement.
Le mélancolique
Il est associé à la bile noire et au couple froid-sec. La mélancolie possède une histoire particulièrement riche, à la fois médicale, philosophique, artistique et littéraire.
Le flegmatique
Il est associé au phlegme et au couple froid-humide. Les traditions ultérieures le décrivent volontiers comme plus calme, plus lent à réagir ou plus stable.
Ces portraits doivent néanmoins être replacés dans leur histoire. Les listes modernes de « qualités et défauts » ne sont pas des fiches intactes que Galien aurait transmises directement jusqu’à nous. Elles sont le produit de nombreuses réinterprétations. C’est pourquoi deux ouvrages contemporains inspirés des quatre tempéraments peuvent attribuer des nuances différentes au même profil.
Une théorie qui voyage entre les civilisations
L’influence de Galien ne s’arrête pas avec l’Empire romain. Ses œuvres sont commentées, traduites et discutées dans le monde grec tardif, byzantin, arabe et persan. Cette circulation intellectuelle est essentielle pour comprendre comment la médecine antique atteint les siècles suivants.
Avicenne et le Canon de la médecine

Au tournant du XIe siècle, Ibn Sina, connu en Occident sous le nom d’Avicenne, compose le Canon de la médecine. L’ouvrage reprend une grande partie de la médecine grecque tout en l’organisant et en la discutant.
Des travaux consacrés à son système montrent qu’il utilise les quatre humeurs, sang, phlegme, bile jaune et bile noire, ainsi que les qualités de chaud, froid, sec et humide. Il reprend donc une partie de la structure galénique sans se limiter à une simple copie.
Le Canon sera traduit en latin et deviendra un texte majeur de l’enseignement médical européen pendant plusieurs siècles. Le parcours des tempéraments n’est donc pas une ligne droite allant directement de la Grèce à l’Europe moderne. Il passe par des espaces de traduction, de critique et de transmission dans lesquels les savants du monde islamique jouent un rôle déterminant.
Quand les humeurs entrent dans la culture

À la Renaissance et au début de l’époque moderne, la théorie humorale dépasse largement le cabinet du médecin. Elle imprègne le vocabulaire courant, les arts et la littérature. La National Library of Medicine a consacré une exposition aux quatre humeurs dans l’univers de Shakespeare, preuve de leur importance culturelle.
Un personnage « mélancolique » n’était pas seulement triste au sens contemporain : sa mélancolie pouvait être comprise comme l’expression d’une constitution physique particulière.
Le vocabulaire des humeurs permettait d’interpréter tempérament, santé et émotions dans un même cadre. Cette cohérence contribue à expliquer la longévité de la théorie, même si ses mécanismes fondamentaux étaient faux.
Quand la science abandonne les quatre humeurs

À partir de la Renaissance, la médecine européenne change progressivement de méthode. Les dissections anatomiques, l’observation directe et l’étude de la physiologie fragilisent plusieurs doctrines anciennes. Les travaux sur la circulation du sang, puis le développement de l’anatomopathologie, de la médecine expérimentale et enfin de la théorie microbienne transforment profondément l’explication de la maladie.
La médecine scientifique contemporaine ne considère évidemment plus qu’un excès de bile jaune rende une personne colérique ni qu’une quantité excessive de bile noire explique un tempérament mélancolique.
La théorie humorale appartient aujourd’hui à l’histoire de la médecine. Ce constat est indispensable : utiliser les quatre tempéraments comme grille descriptive ne signifie pas réhabiliter leur ancienne explication biologique.
Et pourtant, un phénomène remarquable se produit : les humeurs perdent leur statut médical, mais les tempéraments survivent. Les catégories se détachent progressivement des fluides corporels qui les avaient justifiées. Elles deviennent une manière de décrire des styles de réaction et des différences individuelles.
De Kant à Wundt : vers une lecture psychologique

Aux XVIIIe et XIXe siècles, plusieurs penseurs reprennent les quatre catégories en leur donnant une lecture plus psychologique. Immanuel Kant les organise notamment à partir du sentiment et de l’activité. Wilhelm Wundt, figure majeure de la naissance de la psychologie expérimentale, les représente ensuite selon des dimensions liées à la force des émotions et à leur variabilité.

Cette évolution est importante parce qu’elle prépare une autre manière de penser la personnalité. Au lieu de considérer seulement quatre cases séparées, on peut imaginer des individus placés à différents niveaux sur plusieurs dimensions. Ce principe de dimensions continues devient central dans de nombreuses approches psychométriques modernes.
Période │ Évolution │ Idée dominante.
Ve siècle av. J.-C. │ Empédocle distingue quatre racines ou éléments │ Comprendre la composition de la nature.
Tradition hippocratique │ Formulation des quatre humeurs │ La santé dépend d’un équilibre corporel.
IIe siècle │ Galien systématise qualités, humeurs et tempéraments │ Relier constitution et dispositions.
Moyen Âge │ Transmission grecque, arabe, persane et latine │ Maintien de la médecine humorale.
XVIIIe-XIXe siècles │ Kant et Wundt psychologisent les catégories │ Passage vers des dimensions descriptives.
XXe-XXIe siècles │ Modèles de traits et usages populaires coexistent │ Séparer validité scientifique et valeur descriptive.
Ce que la psychologie moderne appelle réellement « tempérament »
Le mot tempérament n’a pas disparu de la recherche scientifique. Il a toutefois changé de sens. Dans la psychologie du développement, il désigne généralement des différences relativement précoces dans la réactivité émotionnelle, l’attention, l’approche ou l’évitement, ainsi que dans les capacités d’autorégulation.
Ces différences sont étudiées avec des méthodes empiriques et en tenant compte de facteurs biologiques, développementaux et environnementaux.
Il faut donc distinguer au moins trois niveaux : la théorie historique des quatre humeurs, les typologies modernes qui réemploient les quatre noms classiques et la recherche scientifique contemporaine sur le tempérament. Le fait que ces approches partagent un même mot ne signifie pas qu’elles reposent sur la même théorie.
• Le tempérament humoriste ancien cherche une explication dans l’équilibre de fluides corporels.
• Les quatre tempéraments contemporains sont surtout utilisés comme catégories descriptives ou pédagogiques.
• La psychologie scientifique moderne étudie des dimensions mesurables de réactivité et d’autorégulation sans recourir aux quatre humeurs.
Le Big Five change la manière d’étudier la personnalité
La psychologie de la personnalité s’oriente progressivement vers l’étude quantitative des traits. L’un des modèles les plus connus est le Big Five, ou modèle des cinq grands facteurs.
Dans leur synthèse publiée en 1992, Robert McCrae et Oliver John présentent le modèle comme une organisation hiérarchique de la personnalité autour de cinq grandes dimensions : extraversion, agréabilité, conscienciosité, neuroticisme et ouverture à l’expérience. Ils soulignent l’importance des travaux fondés à la fois sur le langage descriptif et sur les questionnaires de personnalité.
• Ouverture à l’expérience : curiosité, imagination et intérêt pour la nouveauté.
• Conscienciosité : organisation, persévérance et orientation vers les objectifs.
• Extraversion : sociabilité, énergie et recherche de stimulation.
• Agréabilité : coopération, confiance et attention portée aux autres.
• Neuroticisme : tendance à ressentir plus fréquemment des émotions négatives et de la vulnérabilité émotionnelle.
Quatre tempéraments et Big Five ne sont pas la même chose
Il serait incorrect d’affirmer que le Big Five prouve scientifiquement l’existence des quatre tempéraments classiques. Les deux modèles n’ont ni la même histoire ni la même construction.
Les quatre tempéraments viennent d’une tradition médicale antique progressivement transformée. Le Big Five résulte de recherches modernes sur la structure des traits de personnalité. Certaines descriptions peuvent se recouper, mais une ressemblance n’est pas une validation.
Quatre tempéraments │ Big Five.
Origines dans la médecine et la philosophie antiques │ Développement dans la psychologie moderne des traits.
Sanguin, colérique, mélancolique, flegmatique │ Ouverture, conscienciosité, extraversion, agréabilité, neuroticisme.
Typologie historiquement liée aux humeurs │ Modèle dimensionnel issu de travaux psychométriques.
Usage contemporain surtout descriptif ou pédagogique │ Large corpus de recherches empiriques.
Ne constitue pas une théorie médicale valide aujourd’hui │ Utilisé dans la recherche en psychologie de la personnalité.
Tim LaHaye et le retour populaire des quatre tempéraments
Au XXe siècle, les quatre tempéraments connaissent une nouvelle diffusion auprès du grand public. Parmi les auteurs les plus influents figure Tim LaHaye. Son ouvrage Spirit-Controlled Temperament paraît en 1966 chez Tyndale House.
La notice WorldCat décrit une approche dans laquelle chacun possède un tempérament principalement sanguin, colérique, mélancolique ou flegmatique, souvent combiné à des traits provenant d’autres groupes.
Cette insistance sur les combinaisons a contribué à populariser l’idée qu’une personne n’est pas nécessairement un type pur. Elle explique aussi pourquoi les usages modernes parlent fréquemment de profils dominants et secondaires plutôt que d’une seule catégorie absolue.
Une œuvre à replacer dans son contexte
Il est toutefois important de présenter LaHaye avec précision. Spirit-Controlled Temperament est un ouvrage explicitement chrétien. L’auteur relie les tempéraments à une réflexion spirituelle sur les forces, les faiblesses et l’action du Saint-Esprit.
Il ne s’agit donc pas d’un manuel de psychologie expérimentale ni d’une validation scientifique moderne des quatre tempéraments. On peut reprendre certains éléments descriptifs ou pédagogiques de cette tradition sans confondre leur origine avec une preuve psychométrique.
Les quatre tempéraments sont-ils scientifiquement validés ?
La réponse la plus rigoureuse est : pas au même sens qu’un modèle psychométrique contemporain comme le Big Five. La théorie médicale des quatre humeurs est abandonnée. La typologie classique en quatre catégories ne possède pas non plus le même corpus empirique que les grands modèles modernes de traits. Cela ne veut pas dire que toute observation associée aux tempéraments est dénuée d’intérêt.
Depuis l’Antiquité, les auteurs remarquent que les êtres humains diffèrent par leur sociabilité, leur énergie, leur sensibilité émotionnelle, leur patience, leur vitesse de réaction ou leur manière de rechercher la stimulation.
La psychologie moderne étudie elle aussi ces différences, mais elle les mesure autrement et ne les explique plus par des fluides corporels. La continuité se trouve donc davantage dans les questions posées que dans la théorie utilisée pour y répondre.
Pourquoi continuer à parler de tempéraments aujourd’hui ?
Une grille descriptive peut rester utile si ses limites sont explicites. Les quatre tempéraments ont notamment une force pédagogique : ils proposent un vocabulaire simple pour amorcer une réflexion sur sa manière de fonctionner. Ils peuvent aider à formuler des questions utiles sans prétendre donner une vérité définitive sur une personne.
• Est-ce que les interactions nombreuses me stimulent ou m’épuisent ?
• Ai-je tendance à décider rapidement ou à analyser longtemps avant d’agir ?
• Comment est-ce que je réagis sous pression ou face à l’imprévu ?
• Ai-je besoin d’un cadre stable ou suis-je stimulé par la nouveauté ?
• Quelles situations font ressortir mes forces et lesquelles révèlent mes points de vigilance ?
La limite apparaît lorsqu’une typologie devient une étiquette. Dire « tu es sanguin, donc tu dois exercer tel métier » ou « tu es mélancolique, donc telle activité ne te convient pas » transforme un outil de réflexion en déterminisme.
Une personne est toujours plus complexe qu’un seul mot. Ses compétences, son expérience, son contexte, ses valeurs, ses intérêts et les compétences qu’elle peut encore développer comptent autant que ses tendances personnelles.
Comment Profil Entrepreneur Digital utilise cette grille
C’est dans cette logique que Profil Entrepreneur Digital peut utiliser les tempéraments. L’objectif n’est pas de ressusciter la médecine humorale de Galien ni de présenter les quatre tempéraments comme l’équivalent scientifique du Big Five. La grille sert plutôt de langage complémentaire pour rendre certaines tendances plus faciles à comprendre.
L’approche combine plusieurs traits associés au Big Five avec une lecture complémentaire des quatre tempéraments. Les réponses permettent de faire ressortir des tendances, des forces possibles, des points de vigilance et des préférences de fonctionnement. Elles peuvent ensuite être mises en relation avec différents environnements de travail et avec des activités digitales à explorer.
Le principe essentiel est simple : un résultat n’est pas un verdict. Il ne dit pas « voici qui tu es pour toujours » et encore moins « voici le métier dans lequel tu réussiras forcément ». Il propose plutôt une lecture structurée : voici ce qui ressort de tes réponses, voici des directions cohérentes à examiner, et voici les compétences ou expériences qui pourraient t’aider à confirmer ou à nuancer cette orientation.

Des humeurs antiques aux profils d’aujourd’hui
L’histoire des quatre tempéraments montre comment une idée peut changer de sens en traversant les siècles. De la philosophie grecque à la médecine hippocratique et galénique, puis aux traductions et discussions du monde islamique médiéval, les humeurs servent longtemps à expliquer la santé et les constitutions.
À la Renaissance, elles nourrissent encore la médecine et la culture, avant que la science moderne n’abandonne leurs fondements biologiques.
Pourtant, les mots sanguin, colérique, mélancolique et flegmatique continuent leur chemin. Kant et Wundt les rapprochent d’une description plus psychologique. Des auteurs populaires comme Tim LaHaye les rendent à nouveau accessibles au grand public. Pendant ce temps, la psychologie scientifique développe ses propres méthodes, notamment les modèles de traits comme le Big Five.
Plus de deux mille ans après leurs premières racines, les quatre tempéraments ne signifient plus ce qu’ils signifiaient dans l’Antiquité. Pris comme vérité médicale ou comme prédiction rigide, ils sont trompeurs. Utilisés comme grille descriptive, avec des limites explicites et en complément d’approches contemporaines, ils peuvent encore aider à questionner sa manière de travailler, de décider et d’interagir.
Comprendre son profil ne signifie pas accepter une case. Cela signifie disposer de davantage de repères pour choisir sa direction avec discernement.
Sources principales pour la vérification historique
• Stanford Encyclopedia of Philosophy, « Empedocles », révision 2024.
• National Library of Medicine, « Greek Medicine » et exposition « Shakespeare and the Four Humors ».
• Leith, D. (2026). « Polybus, Not the Son-in-Law of Hippocrates ». The Classical Quarterly.
• Jouanna, J. (2010). « Hippocrates as Galen’s Teacher ». Studies in Ancient Medicine.
• McCrae, R. R., & John, O. P. (1992). « An Introduction to the Five-Factor Model and Its Applications ». Journal of Personality, 60(2), 175-215.
• WorldCat, notice bibliographique de Tim LaHaye, Spirit-Controlled Temperament, Tyndale House, 1966.
• Articles en accès libre sur Avicenne et le Canon de la médecine dans PubMed Central.
Crédits des illustrations
• Couverture : Jörg Breu l’Ancien / The Metropolitan Museum of Art, CC0.
• Empédocle : Rijksmuseum, CC0.
• Hippocrate : Rijksmuseum, CC0.
• Schéma des quatre humeurs : Toxicotravail / Wikimedia Commons, domaine public.
• Galien : Wellcome Collection, CC BY 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/).
• Canon d’Avicenne : Daderot / Aga Khan Museum, CC0.
• Allégorie des quatre tempéraments : Christian Bernhard Rode / Rijksmuseum, CC0.
• William Harvey : Wellcome Collection, CC BY 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/).
• Immanuel Kant : auteur inconnu / Wikimedia Commons, domaine public.
• Wilhelm Wundt : auteur inconnu / Wikimedia Commons, domaine public.
• Schéma Big Five : TealComet, CC0.
• Les effets de la sensibilité sur les quatre tempéraments : Daniel Nikolaus Chodowiecki / LACMA, domaine public.